Les politiciens ont déserté l'arène après Spitaels

À Ath, la victoire du PS ne fait guère de doute, mais elle soulèvera encore des questions quant à la réelle force politique du collège, phagocyté par le secrétaire communal

ATH Comment l'entité d'Ath a-t-elle digéré l'après-Spitaels ? Assez bien, diront les pragmatiques. Plutôt mal, prétendront les défenseurs de l'éthique politique. Emporté dans la tempête judiciaire de 1997, l'ex-homme fort de Wallonie avait laissé le fauteuil de bourgmestre à un jeune échevin, Bruno Van Grootenbrulle. Déjà populaire avant d'accéder au mayorat, le citoyen d'Ostiches allait connaître une ascension politique incroyable. Devenu député fédéral en 1999, la tornade Van Grootenbrulle écrasait tout sur son passage une année plus tard aux communales en réalisant plus de 8.000 voix de préférence. Près d'un Athois sur deux avait voté pour son bourgmestre. Détenteur d'une très confortable majorité absolue, le PS poursuivait son travail de rénovation en profondeur de la ville et de ses 17 villages.

Deux faits majeurs allaient ébranler cette locomotive lancée à toute allure. Premièrement, la catastrophe de Ghislenghien. Durant cette tragédie, le secrétaire communal mettait en lumière son incroyable faculté de travail, de communication, de gestion de situations difficiles ainsi que son réel pouvoir. D'ailleurs, le retour du bourgmestre plusieurs heures après l'explosion (il était en vacances) passait inaperçu aux yeux des observateurs étrangers à la ville.

À Ath, c'est le secrétaire communal Marc Duvivier qui fait la pluie et le beau temps ! Possédant un immense carnet d'adresses, cet ancien président de la Société wallonne du logement a profité de l'ère Spitaels pour le compléter. Et son pouvoir est tel que tant le bourgmestre que les échevins pèsent très difficilement sur l'évolution des dossiers. La double inculpation (maïeur-secrétaire communal) dans le dossier de Ghislenghien le démontre.

Le second fait majeur de la mandature allait révéler ce malaise. Laurence Nasdrovisky, conseillère communale PS, dénonçait cette confiscation du pouvoir politique par un non-élu et se rangeait dans les rangs de l'opposition en février 2005.

Depuis Spitaels, les politiciens ont déserté l'arène à Ath ! Par manque de pouvoir ? Parce qu'ils ne s'impliquent pas suffisamment ? Un début de réponse a été apporté par le secrétaire communal lui-même en 2004 lorsqu'il fit venir Carinne Delfanne à Ath. Chef de cabinet adjointe chez le ministre Courard, la jeune femme se fait ouvrir les portes un peu partout dans l'entité. Elle est clairement celle que Marc Duvivier veut voir à la tête de la ville, au détriment des socialistes du cru. Les Athois l'accepteront-ils ? C'est la principale question du scrutin car s'ils votent massivement pour elle, ils avaliseront le comportement de ce secrétaire pas comme les autres.

Christophe Lison

© La Dernière Heure 2006